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Dernière mise à jour : 23 nov. 2020

Henry Meillant


Écrivain et poète, écrit en 2008, à propos de son récit La merveille de l’ordinaire, dans sa revue "Art et Poésie" : « Je viens de faire la connaissance de cette jeune femme écrivain, (certains ouvrages consacrés édités chez Gallimard, Hachette, etc.). Le livre que je vous présente aujourd’hui n’est pas un roman mais c’est, à coup sûr, une suite de récits à l’écriture poétique. Oui, de la vraie poésie en prose. Hymne à la nature et à la vie. Avec des mots simples, elle parle des fleurs, des bois, de la lumière… Le mieux est que je vous laisse déguster certains passages : Que de temps il nous faut pour apprendre la splendeur de la lumière, son éclatante pureté trempée de flammes ! (…) Chaque matin, le feu rutilant de mon sycomore me déchire de joie(…) Je m‘étonne que la vie soit là, lumineuse, éternelle… Les coucous (primevères officinales) me ravissent le cœur (…) La longue tige qui craque quand on la coupe et verse un jet de lumière, exerce sur moi une joie insensée. Ô miracle du bourgeonnement ! Chaque année la force de la sève invisible, obscure, qui pousse jusqu’aux racines dépouillées, vers la lumière. Et tant d’autres. Cela me rappelle une partie de ma poésie quand je m’imprégnais de cette osmose nature/homme. Et puis il y a aussi cet émerveillement de l’Instant à déguster : Il importe seulement de prendre le temps de vivre chaque instant. Ajoutons que, professeur, Marie Botturi n’est pas coupée du social, de l’humanité. Témoins ces phrases sur le reboisement, la pollution, un investissement qui reviendrait à 30 % des 850 millions de dollars que l’humanité dépense chaque année pour la défense militaire ! Lisez ce livre qui exprime la beauté du monde ! »


Jacques Charpentreau


Écrivain et poète, écrit dans les Pages de Garde de La Maison de Poésie, Paris IX°, à propos de quelques recueils de poésie de Marie Botturi :

À l’aube de tes mains : « Amour, passion, érotisme en de vrais poèmes riches d’images et toujours structurés. »

Le miroir du rêve : " Quelle ardeur, quelle puissance d’images dans ces poèmes inspirés par la passion, amour et plaisir – et par la douleur de la séparation ! Alors que tant de recueils ne semblent aujourd’hui que des exercices de style, voilà que cette poésie nous captive et nous emporte dans sa fougue, sans doute, par-delà la grâce de l’expression, pourtant bien réelle, parce que c’est la vie qui impose ici ses images, ses rythmes, ses échos sonores." (Troisième trimestre 1996)

En 2001 dans sa revue « Le Coin de Table », il écrit encore à propos du recueil Les mains de la terre : " Un ample lyrisme porté par le souffle de l’amour, avec ses douleurs et ses regrets, avec son désir de s’ouvrir sur le monde. C’est toute une philosophie de la vie qui inspire ce recueil, celle de la terre charnelle qui s’unit aux exigences de la spiritualité." Ou en janvier 2005, avec le recueil Les Pierres de lumière suivi de Saisons ailleurs : " Sur un ton passionné, alors que tant de poèmes sont aujourd’hui fabriqués, la sincérité de ceux-ci est une évidence bien séduisante, particulièrement pour les beaux poèmes d’amour dans un livre qui unit subtilement sensualité et spiritualité."

Et de citer le poème Au pays de nos corps :

"Si tu veux

nous irons encore

au pays de nos corps.

Je serai ton jardin.

Ton épaule baignera ma nudité.

J’aurai la nostalgie douce

et nos réveils verdiront".

En novembre 2009, dans cette même revue de La Maison de Poésie, il écrit encore au sujet de Quand brille la source : " Dans ce recueil qui a reçu le Prix Audrey Bernard de la ville de Bergerac, la poésie prend sa source dans un émerveillement devant la beauté du monde, où s’entend l’écho d’une spiritualité qui n’empêche nullement un panthéisme diffus d’apporter son éclat".

Jacques Charpentreau cite ce poème :

"Je vais à la rencontre du soleil

boire ses forces vives.

Je ne crains pas d’exploser.

Le silence m’envahit.

L’énergie atteint son apogée."


Jean Dauby


Le poète Jean Dauby écrit dans la revue » Froissart », 1er trimestre 1998, à propos du recueil Le miroir du rêve » : « Les textes sont sobres et beaux, comme si la poésie voulait essouffler la souffrance. »


Michel-François Lavaur


Poète, dessinateur, éditeur, revuiste qui a fondé la revue « Traces » et l’a fait vivre pendant cinquante ans, il écrit au sujet du recueil Les mains de la terre, qu’elles sont « très évocatrices de l’ambiance de ses quinze chants, comme les poèmes de Sylvaine Arabo, on les devine propres à une diction. » (Traces numéro 145, été 2002). Il écrit encore dans le numéro 132, hiver 1998, pour le recueil, ers les jardins : « Sur un beau papier gris, Marie Botturi (par ailleurs spécialiste de Jean Sulivan) en quête du bonheur : « Je cherche un trou de lumière ». Si le talent suffit, elle y arrivera ! »


Antoine de Matharel


Poète, rédacteur, chroniqueur de la revue Poésie sur Seine

Quand brille la source :

« Voir le monde comme à son premier jour », s’écrie Marie Botturi, dans sa première transparence. Aussi éprouve--ton à sa lecture comme des bouffées de bonheur justifiées aussi par la pureté de son style. (Poésie sur Seine numéro 69-70, automne 2009).

Haïkus le long des chemins :

« Le temps qui passe, les saisons, l’émotion fugitive, tout est préparé dans la tradition japonaise du haïku, à se marier harmonieusement avec l’inspiration poétique de Marie Botturi, vouée à l’amour de la nature et à la célébration du bonheur. (…) De ce recueil empli de charmes, de poésie, de talent, l’on aurait envie de citer toutes les pages, toutes les lignes ». (Poésie sur seine, numéro 76 printemps 2011).


 
 
 

Dernière mise à jour : 19 juil.


La poésie, le pays de la lenteur, où des mots associés entre eux de façon inhabituelle, ouvrent des clairières, cassent nos concepts, nos vérités toutes faites.

Pierre Reverdy expliquait que la poésie rapproche des mondes opposés, mais de manière « juste ».

La poésie, une sensation, une émotion. Pas du sentimentalisme, des bons sentiments. Et le haïku constitue la forme la plus épurée de l’émotion poétique.

La poésie, l’enfance qui croît sans cesse, le regard neuf, l’émerveillement continuel, qui sauve ce qui nous échappe chaque jour, l’eau toujours vive :


Crie cet enfant

Toujours en toi

(Eugène Guillevic in Maintenant)


La poésie guette les mots qui expriment une expérience incommunicable que seul le silence – le silence entre les mots – peut exprimer. Là réside son apparent paradoxe : battement d’ailes qui parle avec des mots silencieux.

La poésie, mots neufs, reliés aux anciens réenchantés par un souffle, traces des doigts qui écrivent sur le sable où naît, meurt et renaît sans cesse l'instant neuf.

La poésie, un rythme, que le vers suive une prosodie ou qu’il soit libre. Prévert a presque toujours écrit en vers libres, mais dans une liberté maîtrisée, où chaque poème est structuré, sans qu’il l’ait voulu, dans une sorte d’instinct qui sait. Qui suppose une connaissance acquis de la métrique.

La poésie, un chant, qui épouse le silence, une musique involontaire, note cristalline du merle dans les petits matins endormis, brise qui murmure dans le friselis des bouleaux, vol d’hirondelles virant sous le ventre des nuages.

On entre en poésie et parfois même les pierres sourient. Il aura suffi d'un battement d'ailes et la source jaillit vive.

La poésie, meilleure part de nous-mêmes, sauvegardée de l'usure des années, notre souffle, notre rythme propre elle guette la venue du chant égaré.

La poésie, gardienne des énigmes qui laisse en nous une parole qui nous émeut, trace d’une rencontre qui nous a bouleversés, qui résonnera toujours en nous.

La poésie, l’éclair vif dans la grisaille quotidienne, l’invisible dans le sensible.

La poésie, l'instant-éternité à pleines mains, qui brasille dans les blés, dans ses barques de lumière, vie et mort mêlées.

C’est la lumière mêlée à l’ombre, qui fait exister on ne sait comment quand on est au fond du désespoir.

C’est le murmure incessant qui célèbre à la fois le jour et la nuit, la vie et la mort, la joie et l’angoisse, les mains qui s’unissent dans la nuit et celles qui supplient l’aube de revernir.

Elle donne la parole à ce qui ne parle pas, à l'innommable, dans la frondaison du silence.

C’est la part de rêve et de liberté en nous, que nous avons enterrée sous les automatismes, les préjugés, le conformisme. Le rêve non comme fuite, mais comme moteur de la liberté individuelle et collective, comme la vie à l’intérieur de la vie où la poésie prend sa source.


Pour Gérard de Nerval, le rêve « est une seconde vie », et André Breton écrit :

"Pourquoi n’attendrais-je pas de l’indice du rêve plus que je n’attends d’un degré de conscience chaque fois plus élevé."

Pour Arthur Rimbaud, il est la force qui « donne à changer la vie. »

Poésie, rêve, réalité ont partie liée. On se souvient de Jacques Prévert :

"La poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive souvent. La poésie est partout comme Dieu n’est nulle part. La poésie, c’est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie."


La poésie est cette enfance où l'on était toujours à dénicher la lune au fond de la forêt.

La poésie cultive nos jardins, creuse l’instant, ranime notre mémoire. Patrie retrouvée, saveur de vent frais. Voilà que la vie se donne à profusion, sans tambour ni trompette.

C’est la vieille cour, envahie d’herbes et de mousses, où la lumière s’attarde au crépuscule, le ciel grand ouvert qui bleuit dans la rivière, clarté de l’eau musicale, les mains comme une prairie de tendresse.

La poésie est le caillou qu'enfant nous tenions dans la main, émerveillés.

La poésie résiste, crève la pesanteur, refuse l’immobilisme, bouscule les faux impératifs, les mythologies du bonheur tout fait. Elle sauve le monde, elle donne la parole à ce qui ne parle pas. Poiêsis-poiein-création.

La poésie, pain de vie où jaillissent des mots-fleurs qui ne parlent pas. Cri du silence, énergie libératrice, libre du sens, terre ouverte. Ouvert du monde insaisissable.

C’est l’éternité à pleines mains dans le bourdonnement des tilleuls de l’été, instant qui brasille sur les blés, jasmin qui fleurit la nuit sous la lune, bruissement inaudible des étoiles.

La poésie, l'eau primitive, l'enfance qui ne cesse de croître en soi, l'éternel recommencement.

La poésie retrouve la mémoire profonde des arbres. Elle parle avec le langage des feuilles, ruisselle dans le rêve intact. C’est l’instant ébloui sur nos lèvres dans le taffetas du crépuscule.

La poésie est à l'écoute du murmure intérieur incessant, cette parole silencieuse et chantante qui emplit tout l'être.

C'est la beauté silencieuse du monde où ciel et terre se regardent, sans séparation.

La poésie ne démontre rien, elle est démunie. Elle partage et chacun la lit comme il veut. Elle brille sans orgueil, célèbre la beauté du monde malgré tout, lampe de l'infini, demeure invisible où séjourner.

Bien des poètes ont exprimé leur vision de la poésie, comme ceux-ci :


Andrée Chédid : « La poésie est naturelle. Elle est l’eau de notre seconde soif ».

Gaston Bachelard : « La poésie est une joie du souffle, l’évident bonheur de respirer. »

Jean Cocteau : « Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi ».

Paul Éluard : « Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches… Leur principale qualité est non pas d’évoquer, mais d’inspirer. On rêve sur un poème comme on rêve sur un être.»

Alfred de Musset : « La poésie est la sœur de l’amour. »

René de Obaldia : « Seule la poésie peut ouvrir sur l’indicible, donner à entendre ce que nous n’entendons pas. »

René Char : « On ne peut commencer un poème sans une parcelle d’erreur sur soi et sur le monde, sans une paille d’innocence aux premiers mots. »

Daniel Lander : « Entrer en poésie, c’est entrer en dissidence.»

Alain Bosquet : « Tout savoir est de prose, et tout mystère de poésie. »

Pour Pierre Dhainaut, elle est « ce rituel que nous tenions dans la main/ un caillou jusqu’à ce qu’il soit transparent. »


Jean Sulivan qui n’a pas écrit de poème, mais dont la pensée en est pleine, parole-poème de ses livres écrit :

"Tout poète a le don de l’enfance : sa vison naïve est d’abord une insulte à la réalité des habitudes mentales."


Et comment ne pas penser à Jacques Charpentreau, le Verlaine du XX° et du début du XXI° siècle, enchanté par le chant de la poésie qui chante dans tous ses vers :

Dans l’obscurité du poème

On ne sait qui chante et pourtant

On écoute le cœur battant

Car c’est le chant de l’amour même.

Quelle est cette voix qu’on entend ?

LES POÈTES SONT DES ÉLEVEURS D’ÉTOILES

Les étoiles brillent dans leur beauté ensorcelante et mystérieuse - comme toute beauté, mystérieuse, indéfinissable. Tant de vers qui brillent aussi, qui nous échappent :


Les sources de la nuit sont baignées de lumière (Robert Desnos).

Un chant mystérieux tombe des astres d'or (Arthur Rimbaud).

Malgré nous le rêve a bonne mémoire

Ces mots de nuit de vent d'absence et de mort ( Claude Roy).

L'espoir luit au loin comme un brin de paille dans l'étable (Paul Verlaine).

Au Paradis, où sont les étoiles en plein jour (Francis Jammes).


Comme cela est obscur ! Et pourtant quelle étrange vérité ineffable susurre. C'est que la poésie est une parole nue, sans défense, nue et impossible à déshabiller. Avec des mots obscurs, elle fait naître la lumière. Ainsi certains vers apparemment difficiles laissent diffuser une sorte de clarté, presque une évidence, comme une sensation limpide, où l'obscur reste obscur, le mystère intact.

Il est des vers inexplicables où c'est la force des images elles-mêmes qui agit, la vie qui impose ses images et son rythme. La poésie parle en nous, sans nous, nous introduit au plus intime de nous-mêmes, cet infini du dedans inépuisable. L'explication, si jamais il y en a une, est hors de nous, elle est le brasillement de l'éternité en mouvement, éclats d'étoiles.



POÉSIE suite

 

La parole poétique laisse informulé ce qu’elle a à dire. Parole pudique avant tout.

 

La parole poétique : lieu sans lieu, intimité profonde où résonne la paix du silence.

 

 La poésie c’est un cri, une fantaisie, une effervescence. Ce sont des mots vivants, irrépressibles et obsédants, qui martèlent la peau, à la recherche de la vérité fuyante C’est l’éclair vif dans la grisaille quotidienne. Le regard neuf et magique de l’enfance qu’on a perdue, l’émerveillement devant un monde éternellement ressuscité. Mais la poésie est dérangeante si l’on préfère le sommeil à l’éveil…

 

On peut dire : impossible d’écrire encore des poèmes, tous les mots ont déjà été utilisés. C’est une erreur car la poésie n’est pas faite qu’avec les mots. Ceux-ci ne sont que des moyens, des outils par lesquels passe l’inexprimable, qui ne réside pas dans ces mots, mais entre eux. Ce que susurre la poésie est aussi précis, juste et vague que la brume ensoleillée d’un matin qui se lève lentement. Elle commence là où les mots se perdent en tant que tels pour accéder à la suggestion d’une vie plus originelle, insaisissable et cependant pleinement présente.

       Par les mots, la poésie introduit dans la parole, ce lieu sans lieu où les mots deviennent silence – un silence qui parle autrement et plus que nos mots bavards.

 

     La poésie n’apporte aucune réponse. C’est la grande différence d’avec la philosophie.

 

     Besoin de revenir derechef à la poésie. Pourquoi la lit-on, l’écoute-t-on ?

Parce qu’elle ouvre à une parole, la parole d’une mer invisible, mais vivante, une mer éternelle, inépuisable, nourricière, une mer qui rafraîchit après une longue promenade sous le soleil. Parce qu’elle ouvre à une parole libérée et libératrice, où notre souffle s’aère : parole qui résiste à tous les arbitraires et fonde une demeure où séjourner à côté de toutes les fausses sécurités de la société de médias-consommation, hors de tous buts, de toute utilité, de toute manipulation. On lit et on aime la poésie parce qu’elle parle en nous notre propre parole, cette part insaisissable que chacun porte en lui-même, qui se cherche à travers nos joies et nos désarrois, nos étreintes et nos séparations ; parce qu’elle nous conduit vers un besoin de vivre plus en profondeur, là où l’on se rencontre soi-même, communiant avec l’autre qu’on aime et ceux qui nous sont proches.

 

Le poète sème le doute, renverse les certitudes, anéantit toute pesanteur, éveille et met en marche. Il creuse notre faim et soif, met en relief notre manque face à notre activisme qui refoule notre pauvreté en vie essentielle. Dans le silence, il guette la venue du chant égaré. Il retrouve la fraîcheur de la source d’enfance, comme une saveur de vent frais.

 

Quelle chose étonnante que la poésie soit encore lue en divers lieux parisiens, en province, non loin des Mac Do, de la publicité, de la télévision, des écrans de toutes sortes, des tours de béton, des colloques sur tout, et même sur la faim, avec champagne aux invités !

 

La poésie doit permettre de retrouver la réalité proche de nous par-delà toutes les interconnexions de nos réseaux informatiques, de voir la vie sans intermédiaires, d’entrer dans l’invisible du monde visible, c’est-à-dire dans ce lieu où réel et imaginaire ne s’opposent pas, mais coexistent, sans rapport d’infériorité ni de supériorité.

Est poète celui qui observe tout : ponts, autoroutes, selfs, métros, TGV, grands magasins, fleurs, prairies, arbres, cailloux… Celui qui, par cette vision qui étreint toute la vie, retrouve la peau de la terre, hors de l’appareil conceptuel, toutes choses, les plus simples, les plus quotidiennes, étant nouvelles chaque jour et guidant vers l’étranger invisible que chacun porte en soi.

 

Je suis entrée en poésie – dans l’écriture de poèmes – sur le tard, sans m’en rendre compte. Il est vrai que vers dix-sept, dix-huit, dix-neuf ans, j’avais déjà écrit des poèmes dans des cahiers verts, semblables à ceux d’aujourd’hui. J’en avais jeté certains, égaré d’autres. Curieux hasard car je n’avais pas perdu d’autres écrits – ainsi ai-je retrouvé le petit journal que je rédigeai entre 72 et 75. Cette perte n’était donc pas un hasard. En fait je jugeais ces écrits bien mièvres et même mauvais. À tel point que je considérais la poésie comme un genre trop difficile pour moi, s’adressant à des êtres vraiment doués. Visiblement, ce n’était pas mon cas. Il est possible que la situation sociale de ma famille où l’on avait ni le temps ni l’habitude de lire, m’empêchait d’y croire, d’avoir confiance en moi.   

Vers vingt-cinq ans et au-delà, j’étais revenue à l’écriture, avec une étude sur l’œuvre de Jean Sulivan d’abord, puis avec un roman, des nouvelles, le début de carnets de réflexions, de pensées… que je transcris au fil des années. Parallèlement, je demeurai attirée par une écriture proche de la poésie : en Friedrich Nietzsche comme en Jean Sulivan, je retenais la pensée, l’expérience poétique, les envols d’images. Tout comme chez Georges Bataille, Henry Miller. Ou bien chez Maurice Blanchot, et dans certains ouvrages de Martin Heidegger : La poésie est fondation de l’être par la parole, écrit ce dernier. Cette pensée sur l’essence inexplicable de la poésie, ne m’a jamais quittée depuis la première fois, lointaine, où je l’ai lue.

Par ailleurs, l’idée qu’on pût traduire une grande profondeur de la pensée par la poésie, avec des images sensibles, insolites, difficilement explicables et rendant plus intime le mystère de la vie, continuait de me subjuguer. Mais je n’avais jamais réécrit un seul poème, l’idée ne me venait même pas. Je me contentais de relire avec bonheur les poètes de mes quinze ans, surtout Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Alfred Vigny, Alfred de Musset, Guillaume Apollinaire, Paul Eluard, André Breton, Robert Desnos, Louis Aragon, Max Jacob, Jacques Prévert. J’en découvrais d’autres avec le même bonheur : Francis Jammes, René Daumal, Armand Robin, Jean Cocteau, Lautréamont, Valéry Larbaud, Pierre Reverdy, Eugène Guillevic, René Char, Jules Supervielle… Bref, les classiques, et un peu plus tard les contemporains. Je découvrais en outre les poètes étrangers, notamment William Blake, William Yeats, Fernando Pessoa, Milosz, Octavio Paz, Adonis, Georg Trakl, et plus particulièrement Rainer Maria Rilke qui n’a cessé de me procurer de vraies et grandes joies intérieures. Cependant, si cela m’intéressait hautement, je n’éprouvais pas ce plaisir quasi physique que je ressens aujourd’hui à lire comme à écrire des poèmes.

Finalement il m’aura fallu connaître la douleur insoutenable de la séparation pour revenir, à mon insu, à l’écriture de la poésie. C’était un après-midi d’été, je marchais sur une route de campagne, longeant des blés mûrs, et drus, d’un jaune éclatant. Le ciel resplendissait d’un bleu profond et galvanisant, d’une sensualité douloureuse : j’avais si mal à la peau ! Je me retrouvai peu après allongé dans un champ, griffonnant sur des bouts de papier, la respiration rapide, tirée par des mots d’éclair. Cet élan se déploya jusqu’au soir, dans ma chambre, tandis que la nuit chaude et solitaire m’atteignait en ruisseaux de cris et descendait progressivement sur la colline, en face de ma fenêtre grande ouverte, sur le rebord de laquelle j’écrivais :

                                      Et toi colline vallonnée

                                      qui te moules

                                      comme une femme pulpeuse,

                                      d’où te vient la sérénité des nuits,

                                      Où s’accrochent tes racines ?

Je continuais ainsi des mois durant. Je réalisais que j’écrivais des poèmes, sans tenir compte de la métrique certes, mais les sonorités, les images, les sensations, le rythme étaient là, et quelque chose d’autre encore : le murmure du monde invisible. Je construisis alors un recueil et trouvai trois éditeurs. D’autres recueils naquirent… J’étais embarquée et je me sentais bien en ce lieu poétique, cristallin, à la fois intérieur et proche du monde environnant. Je crois que la poésie était venue à moi plutôt que moi à elle. Elle était venue sans que je n’aie rien demandé. Un infini s’offrait désormais à moi et je ne pensais qu’à vouloir le découvrir sans cesse.

Suis-je un poète pour autant ? Je l’ignore et cela ne me regarde pas. Seuls les autres peuvent en juger. Malgré quelques réelles reconnaissances, je ne suis jamais bien sûre. Il me semble seulement qu’il y a en moi une parole – je ne parle pas de parole divine ! – une parole simple, innommable, qui n’est pas de l’ordre du langage, avec laquelle je vis, qui habite mes poèmes. À moins que ce ne soit qu’une idée de ma part, une illusion…

 

Le poème : ce qui ne fait pas de bruit et atteint le cœur de l’être. On entre dans l’intime de soi, dans une émotion précieuse et pure qui nourrit.

 

     Le poème cultive nos jardins, éclaire le quotidien, creuse l’instant, explore nos désirs, ranime notre mémoire, crée la parole où se cherche l’écho de notre cri.

 

         L’amour et la poésie s’ouvrent sur la même expérience, celle de l’instant vertical. Il n’y a plus ni passé ni présent ni avenir, mais le simple ici et maintenant de l’instant-éternité qui échappe à la durée, toutes choses étant à la fois immobiles et torrentielles.

 

 

 

 


 
 
 

Dernière mise à jour : 19 juil.



Écrire pour demeurer éveillée, lutter contre toute anesthésie, contre les manipulations diverses, conscientes ou inconscientes, qui gouvernent tout notre être, cœur, esprit et corps.

Écrire pour donner jour aux cris qui se taisent, laisser se dire notre parole propre, notre parole d’enfance, notre parole rebelle.

Écrire pour ne pas mourir.

Écrire pour se libérer, respirer plus large.

Écrire pour ne pas oublier.

Écrire pour trouver la paix.


Mais plus l’on écrit, plus l’on a l’impression d’être en dessous de ce que l’on voulait écrire ou devrait écrire.


L’écriture est mon nid.

Écrire c’est aimer deux fois.

Écrire pour s'éveiller et se réveiller.

Écrire , communiquer en souterrain avec des inconnus.

Écrire pour entrer dans le murmure de la vie, pour l’élargir, creuser le silence où cette vie se donne à profusion.

"Écrire est un acte d'amour, s'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture." (Jean Cocteau).


Dans « Consolation de la nuit », Jean Sulivan dit : « Écrire n’est-ce pas se lever au milieu de la nuit, parmi les choses réelles et irréelles, proches et étrangères, aller jusqu’au bout de sa folie, troubler le sommeil des gisants, annoncer l’aube ? »


Écrire pour s’observer, se confronter à soi-même. Parfois pour briser l’isolement, le rendre supportable.

Écrire, marcher vers l'inconnu, tenter de se connaître et puis se perdre comme si l'on ne se connaissait qu'en se perdant.

Écrire, à la fois magnifier la vie et s’ajuster à la mort.

Écrire pour dire la blessure du monde et sa joie surabondante, crier la fulgurance du monde.

Écrire, être à l'écoute de sa petite musique, le murmure incessant d'une parole qui emplit tout l'être.

Écrire pour retrouver ce qu’on a oublié ou voulu détruire en soi.

Écrire, faire fructifier son jardin intérieur.

Écrire, marcher vers sa nudité, retrouver sa sauvageté, une parole silencieuse, plus forte que tous les conditionnements.

Écrire parce que la vie ne suffit pas.

Écrire, tâtonner, marcher entre ombre et lumière.

Écrire pour rejoindre l’univers, communier avec lui en souterrain, renaître sans cesse.

Écrire pour dire le presque rien des visages qu’on n’oublie pas, le bruissement des hirondelles qui virent sous le ventre des nuages ; le silence du matin, la vie qui renaît lentement, la lumière qui coule à flot dans la cuisine, les brouillards d'or au loin.

Écrire donne de la lumière, comme l'amour, tandis que l'on marche à tâtons. Une lumière baignée de nuit, une nuit baignée de lumière, ombre-lumière, ombre de mon amour.

Écrire, comme lire, chant involontaire qui fait vivre, qui clame la beauté en dépit de tout. Qui redonne des pailles d'espoir quand on est au fond du désespoir, on ne sait comment, cela vient...

Écrire avec son espoir et son désespoir, éclairer à mesure, avec les mots, une route inconnue.

Écrire pour s’unir à la grande solitude intérieure créatrice.

Écrire, traverser le désert, accéder à l’eau, au pain, à la liberté.

Écrire, y laisser son cœur, son corps, son âme, brûler et renaître désenchaîné, libre, libre...

Écrire pour lutter contre le conformisme qui anesthésie la force de l'âme en soi, contre la lâcheté des habitudes mentales qui refoulent notre vie intime.

Écrire pour penser par soi-même.

Écrire, c'est être nu. L'écriture c'est la nudité, c'est impalpable comme le sable sur la plage qui file entre les doigts.

Écrire, ça vous renverse et ça vous tient debout.


"Comment me vint l'écriture ? Comme un duvet d'oiseau sur ma vitre, en hiver. Aussitôt s'éleva dans l'âtre une bataille de tisons qui n'a pas encore à présent, pris fin." (René Char, "La parole en archipel").


Écrire et la vie se donne à profusion, les rêves se libèrent.

Et revenir encore à Jean Sulivan pour qui écrire, lire, aimer, être en poésie, danser, c’est la même histoire :

« PARCE QUE L’ÉCRITURE, LA DANSE, L’AMOUR, C’EST PAREIL.
LOVE IS LOVE »

« Un livre, un poème, c’est physique d’âme. Ça vous sort du corps ou ça entre dedans, mots, musique, esprit, sang-soleil, semence ou quoi ? Ne le savais-tu pas ? Parce que l’écriture, la danse, l’amour c’est pareil, love is love. Sous la peau des mots bat le sang des mains. Et croyais-tu qu’on pouvait écrire ou lire sans se blesser ? As-tu donc oublié que la terre est issue du soleil, fille-soleil, sang-soleil, et l’alléluia des volcans, leurs rugissements d’allégresse et les pourpres en pleurs qui s’écoulent de leurs flancs, le glorieux mal d’amour, tout ce sang qui s’échappe le soir à gros bouillons dans le ciel que tranche l’horizon, sourire éclaté, Bouddha s’ouvre, livre violé, poème livré, tandis que les mots éclosent, que s’échappent les oiseaux, les bariolés, les flamboyants, là-bas, de toutes les couleurs… »



 Écrire suite

 

  Écrire c’est vivre avec la chair du souvenir : le temps réel se fige et les images défilent. D’autres fois, rien n’émerge. On est comme une sentinelle qui guette ce qui doit venir et demeure tapi dans l’ombre.

 

Écrire : cela doit m’aider à vivre, à aimer, à mourir. A moins que ce ne soit qu’une façon de refouler la mort … ? Cela doit m’aider à respirer plus largement, c’est comme la poursuite de mes longues courses à pied en solitaire : l’horizon s’ouvre, je vole. Cela doit m’aider à mieux voir. Et il n’y a pas que la tête et une main qui écrivent. L’autre main aussi, et les pieds, les jambes, les cuisses, le sexe, le ventre, les seins, tout le corps, et tout le passé encore à venir, cet instant-ci, tout le futur déjà venu.

 

Ce que je note pour l’écriture est ce qui revient, sous forme d’obsession en quelque sorte. Ce qui émerge de l’obscur, de l’inexprimable, que le temps a amassé, c’est-à-dire ce qui s’est d’abord produit hors de soi et qui, plus tard, dans un rejeu involontaire, conscient ou inconscient, après un séjour dans les gorges de la mémoire, apparaît, mélangé au regard, au ton de voix, à la démarche, au désir.

 

Désir incessant d’écrire. Nécessité plutôt. Sans y parvenir. Comment trouver le temps ? Au fond de moi néanmoins, l’intuition qu’il sera toujours temps. Que l’important est l’exigence intérieure. Que c’est en elle qu’il faut croire en attendant. Ce qui doit venir viendra, par conséquent le temps d’écrire également : Patience est tout, écrit Rainer Marie Rilke. S’y tenir sans désespérer.

 

Pourquoi j’écris ? Pour moi d’abord. Pour me retrouver, mieux me connaître. Pour créer un espace où souffler. C’est comme une pause vitale sur une route encombrée. Pour tenter de m’habituer peu à peu à l’idée de la mort et qu’elle me fasse vivre davantage.

 

J’aimerais écrire sur l’eau.

 

Tantôt je crois écrire pour me débarrasser de mes pensées, tantôt pour ne pas les oublier.

 

L’important lorsqu’on écrit n’est pas seulement l’écriture en tant que telle, le plaisir ou la difficulté qu’il y a à trouver des mots, à rédiger des phrases claires, à construire une idée. L’important, parfois le meilleur, c’est ce qui précède l’écriture : son silence, ses remous de mots-lumière qui s’allument involontairement dans la rue, en marchant, parfois la nuit en se réveillant, ou à l’aube.

 

     L’écriture : désir impérieux de communiquer et sentiment d’une irrémédiable solitude.

 

Pour ma part, l’écriture n’advient pas par le simple passage de la mobilité à l’immobilité, de l’activité extérieure à la concentration intérieure. Il y faut du temps, de la patience. Pour me « récupérer » tout d’abord, laisser se dire au-dedans de moi, dans l’obscur et l’inexprimable, ce que le temps a amassé. Puis, lorsque s’annonce le temps de s’installer devant la page blanche, ce n’est pas encore acquis. Des voix intérieures se mettent à parler, l’imagination à galoper, et rien à faire pour stopper ce flot en ébullition. Ma page reste vierge encore un certain temps.

 

Dans l’écriture, il est des moments où fusent des pensées qu’on ne savait pas être nôtres, ou qu’on n’aurait jamais exprimées dans une conversation. C’est ce que j’appelle le côté euphorique de l’écriture.

 

On écrit, on peint, on sculpte, pour sortir des complications du monde, avec ses masques divers, sa comédie sociale, et parce qu’on veut préserver la fragile et pétulante enfance.

 

 Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour. (Christian Bobin).

 

Je crois bien que l’écriture est un peu comme mon ermitage.

 

Pourquoi j’écris ? A nouveau, je décide d’y répondre, comme la nécessité de faire un rapide point.

Pour m’aider à vivre, tout d’abord, tout simplement. De temps en temps, pour faire un pied de nez à la mort. Afin que ce qui m’obsède, revive et me libère d’une nostalgie douloureuse, d’un bonheur ou d’une blessure, ou de je ne sais quoi ; alors je me sens plus apte à me laisser absorbée par l’instant présent. Écrire pour mieux entendre et ressentir ce que j’ai vécu, pour mieux voir et même revoir ce dont je n’avais pas pris conscience d’avoir vu. J’écris tantôt pour ne pas oublier mes pensées, tantôt pour m’en débarrasser. C’est une sorte d’introspection, voire de psychanalyse. L’acte d’écrire constitue un lieu de libération, semblable à celui de la sexualité : une énergie s’exprime et se dénoue, tout comme dans mes longues courses à pied.

L’écriture est sûrement aussi une drogue… Et pourquoi pas ? Après tout on vit comme on peut ! Et puis au diable les raisons ! Écrire me fait plaisir : c’est déjà pas mal !

 

Avec l’écriture je suis au plus près de mon cœur.

 

Un écrivain qui se plaint de la difficulté d’écrire fait preuve à mes yeux d’indécence. Bien sûr, ce n’est pas une joie permanente… Mais enfin ! qu’est-ce à côté de la difficulté à se lever tôt le matin pour aller travailler au-dehors, de s’ennuyer huit heures par jour parce qu’il faut bien manger, avoir de quoi vivre, au lieu d’écrire tranquillement chez soi, libre de ses mouvements… ?

 

Comment écrire avec une encre silencieuse la fureur du mal de vivre et les sanglots de la nuit ?

 

Écrire, peindre, sculpter, etc. faire œuvre, c’est vivre le désœuvrement, entrer dans un temps sans temps où rien n’est utile.

 

J’ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. J’ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels. (Nietzsche)

 

Écrire m’aide à sortir de ma solitude : en un premier temps une pointe de tension me traverse puis, peu à peu, je ressens un véritable bien-être. Un monde se libère en moi : au plus fort de la détresse, c’est immanquablement un chemin de plénitude.

 

Écrire, ce n’est pas facile. J’écris quand je n’ai rien de mieux à faire. Quand il n’y a pas d’amant sous la main. Un homme passe ou un rayon de soleil et c’est fini. Mais quand ça marche, c’est bon (Geneviève Dorman).

 

À la parution de mon premier recueil de poèmes, L’étreinte arrachée, un ami très proche, m’écrivit ces mots pénétrants : « J’aime quand tu écris dans le recoin de ton âme. »

    

L’acte poignant et si grave d’écrire quand l’angoisse se soulève sur un coude pour observer et que notre bonheur s’engage nu dans le vent du chemin (René Char).

 

Écrire un roman, construire dans la patience et l’impatience, avec l’amitié du monde, les pointes d’exaltation retenue quand l’ouvrage avance, est une grande joie. Écrire, vivre un autre temps, de bouillonnement et d’apaisement, hors de la volonté générale, dégagé de la fièvre des tâches à accomplir, sans cependant être inactive. Puis j’attends à nouveau le temps de la patience impatiente de l’écriture, le temps où chaque matin, des mois durant, je travaille en regardant par la fenêtre, par intermittences, le ciel se réveiller, tandis que petit à petit des mots naissent, entraînent en des lieux insoupçonnés jusque-là, dans un espace où l’on respire plus large, où la vie ruisselante est ressuscitée.

 

Écrire est également une manière de se révolter contre le monde tel qu’il est, de lutter contre les préjugés, le conformisme, attitude proche en cela de l’enfance, de son regard naïf. Écrire est une autre façon d’être seul et d’aimer davantage.

 

Écrire m’allège.

 

Écrire est une manière d’apaiser ses souffrances, de vivre en meilleure entente avec l’angoisse que recèle la vie.

 

Écrire n’est-ce pas se lever au milieu de la nuit, parmi les choses réelles et irréelles, proches et étrangères, aller jusqu’au bout de sa folie, troubler le sommeil des gisants, annoncer l’aube ? (Jean – Consolation de la nuit)

    

Si l’amour m’était retiré, je ne crois pas que je pourrais encore écrire. Car finalement, écrire c’est continuer d’aimer. Se mettre à distance intérieure pour aimer plus en profondeur ; descendre jusqu’aux racines qui portent l’amour, entrer dans la grande intimité du cœur mystérieux, au plus profond de soi-même, dans ce dedans de soi à la fois familier et étranger, et entendre des chants inaudibles et intraduisibles. Oui, c’est cela écrire, aimer deux fois et, dans la distance, laisser éclore ce que l’autre nous donne sans qu’on le sache, le connaître davantage. C’est vivre une seconde fois, intérioriser le réel qui se dérobe, s’avancer dans un silence clair et nu, fait de sensations harmonieuses qui éclairent l’âme.

 

Écrire, vivre en littérature, c’est entrer en solitude, vivre avec le désir sans cesse avivé, mû par l’impatience de l’attente au sein de laquelle se loge la vraie patience, celle qui donne naissance aux mots.

 

Au début, mon désir d’écrire n’a pas été lié au choc d’un livre en particulier. Mais qu’il soit lié au plaisir des livres en général, c’est l’évidence, comme pour quiconque, je le suppose, que l’écriture attire.

Dans les livres, dans les mots, j’entendais un chant qui susurrait, qui m’invitait à demeurer là, avec lui, bien abritée, comme dans un nid. Oui, c’est cela, les livres possédaient la magie du nid qui réchauffe et apaise. En réalité, très tôt, ce sont les mots de la vie, de l’école tout particulièrement, bien avant ceux des livres, quoi ont exercé sur moi une vertu chaleureuse et vivifiante. Je crois que je les avalais quand ils sortaient des lèvres de mon institutrice. Par eux, le monde m’était redonné avec plus d’intensité, une part de son secret m’était confiée. Avec eux je respirais, je m’évadais du cercle familial et je m’enivrais, j’accédais à l’impossible : mon institutrice expliquait un texte et brutalement, je m’élevais, mon corps s’allégeait infiniment, je gambadais dans les nuages, je flottais avec le soleil. À la maison j’aurais voulu guérir tout le monde avec les mots. Oui, c’est cela. Le besoin des mots, celui d’écrire, correspond au besoin de créer une maison qui procure détente, réconfort et évasion.

 

C’est encore et toujours ma plume qui me tient debout. C’est mystérieux l’écriture, lorsque l’on écrit au plus près de soi. C’est nu comme le sable qui glisse entre les doigts et cela nous habille. À la fois vides et pleins est-on dans l’écriture, légers comme une plume d’oiseau.

 

La construction d’un ouvrage jusqu’à son achèvement, est le résultat d’une persévérance constante et d’une inquiétude positive, non pas d’une anxiété qui mine. C’est la joie du travail créateur qui procure un équilibre fait de ce mélange, où la tranquillité n’est pas absente.

 

Aimer et faire ce qu’il y à faire avec amour : chanter, danser, écrire, peindre, sculpter, bâtir une maison, fabriquer un meuble. Écrire avec cet amour qui permet de rester sur le rivage.

 

 

 

 

                

 


 

 
 
 

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